
Jean-Yves Lallemand, chimiste, biologiste et créateur
Jean-Yves est décédé le 25 février 2026. Ceux qui l’ont connu retiendront une personnalité attachante mais franche, parfois tranchée, habitée par le virus de la recherche scientifique.
Né le 27 février 1943 dans un milieu bordelais marqué de culture pratique, technique et scientifique, il s’est très jeune refusé à choisir entre le pratique et l’intellectuel. Diplômé de l’Ecole Polytechnique, promotion 1942, il appréciait autant de s’exercer au « Binet Radio » de l’Ecole que de découvrir l’abstraction dans les amphis. Son goût des découvertes l’a conduit, à la sortie de l’Ecole, à entreprendre une thèse de doctorat sous la direction du professeur Marc Julia sur la chimie de molécules organiques biologiques à son laboratoire de l’ENSCP.
Une technique d’étude des molécules, encore jeune dans les années 1970, la Résonance Magnétique Nucléaire, qu’il allait perfectionner lors d’un séjour au Caltech à Pasadena en 1970-1971, était alors en pleine conquête des laboratoires de chimie. Devant cette situation, Jean-Yves Lallemand allait faire merveille. Il avait le rare talent de définir les nouvelles caractéristiques à réclamer à l’appareil en fonction de sa recherche, de définir les compléments d’instrumentation nécessaires et finalement de les réaliser. Cette démarche l’a conduit à des découvertes originales difficiles à atteindre. Parmi ses nombreux résultats, citons simplement son étude de la mucoviscidose publiée avec Bayesté Leclaire en 2005. Il s’agissait d’abord d’identifier les liens entre cette maladie génétique et la molécule qui en était responsable – mais ceci dépassait les capacités usuelles de la physico-chimie. Grâce aux perfectionnements techniques et méthodologiques apportés à l‘instrumentation, il a été possible de proposer une description du site moléculaire critique et une nouvelle stratégie thérapeutique pour vaincre cette terrible maladie. Belle relation entre l’obstination du chercheur et la victoire sur la maladie.
En 1983, Jean-Yves Lallemand déménage son laboratoire à l’Ecole Polytechnique où il est nommé Professeur de Chimie en 1989.
Parallèlement, Il prend en main l’activité RMN de l’ICSN (Institut de Chimie des Substances Naturelles du CNRS localisé à Gif sur Yvette) puis est nommé Directeur de cet Institut en 2000.
Cet Institut était bénéficiaire des confortables redevances liées aux brevets CNRS des anticancéreux Taxotère et Navelbine découverts par Pierre Potier et dont la gestion a beaucoup occupé Jean-Yves Lallemand. Elles ont permis de réaliser une importante jouvence dans les équipements, et la création de la plateforme IMAGIF ouverte vers l’extérieur. Pour pérenniser cette situation au-delà de la validité des brevets, Jean-Yves Lallemand crée en 2006 une Fondation, aujourd’hui portée par l’Académie des Sciences, (Fondation pour le Développement de la chimie des substances naturelles et de ses applications), fondation dont le capital était de 49,5 M€ en 2011 et dont il n’a cessé d’accompagner les évolutions avec une attention constante au service de la recherche sur les substances naturelles.
Il quitte la Direction de l’ICSN en 2008.
En parallèle, Jean-Yves Lallemand a été consultant de plusieurs industries de la Chimie (Rhône-Poulenc, Aventis, L’Oréal) ainsi qu’expert judiciaire sur l’affaire du Mediator. Il a été co-fondateur de la start-up Anaconda et de l’Institut européen de chimie et biologie de Bordeaux.
*
Jean-Yves Lallemand était lauréat de la médaille d’argent du CNRS, et des médailles de la fondation de la Chimie, de la médaille Berthelot et de la médaille Grignard.
Il était chevalier de la légion d’honneur, officier dans l’ordre du mérite et dans l’ordre des palmes académiques.
Il a été élu à l’Académie des Sciences en 1997.
*
Personnalité dominante, d’un caractère exigeant pour lui comme pour les autres, Jean-Yves Lallemand aimait s’emparer de causes difficiles qu’il s’agisse du choix de ses sujets de recherche ou de l’organisation de ses partenariats. Tous lui reconnaissaient la profondeur et la sincérité de ses engagements. Il faisait l’objet d’une estime et d’un respect total.